Les enthéogènes permettent des expériences spirituelles indifférentiables des états mystiques spontanés dérivant d'une pratique spirituelle.
Bien sûr cela concerne le court-terme: une expérience spirituelle n'assure pas une vie spirituelle, mais elle inspire une forte motivation pour s'y engager.
Pour cela celui qui a bénéficié de l'éclair de conscience et de connaissance lors de la prise d'enthéogènes devra intégrer
ces acquis dans un nouveau style de vie et une perception élargie de soi et de l'univers, par le biais
de pratiques spirituelles variées (prière, méditations, etc..). Ceci afin que ces acquis continuent à se déveloper et restent durables.

Les mots qu'utilisent les utilisateurs d'enthéogènes sont remarquablement semblables à ceux que l'on peut lire chez les
grands mystiques de toutes les époques
(Strassman, 2005).

D'ailleurs, Huston Smith (2001, In: Psychoactive sacramentals, p. 11à 16) a montré que, phénoménologiquement, c'est à dire à un niveau descriptif, il n'existe pas de traits distinctifs nets entre les expériences mystiques chimiquement induites et celles sans substances. Il conduisit ainsi une expérience avec des étudiants en théologie de l'université de Princeton: il leur distribua deux témoignages écrits d'expériences mystiques, l'une rapporté par l'un des plus grands mystiques qu'ait connue l'histoire, et l'autre par l'un des sujets de l'expérience faite par Leary à l'université d'Harvard.(avec psilocibine). Il leur demanda de prédire à qui appartenait chaque témoignage. A peine plus de la moitié des étudiants commirent une erreur d'attribution.

Les enthéogènes reproduisent de nombreuses caractéristiques de l'expérience d'illumination, à savoir:
l'intemporalité;l'ineffabilité; la coexistence des contraires; le contact et l'union avec une présence suprêmement puissante, sage et aimante,expérimentée parfois comme une lumière blanche; la certitude que la conscience continue après la mort du corps; et la connaissance de première main des "faits" basiques de création et de conscience.

D'ailleurs Strassman (2005) indique qu'une "molécule de l'esprit" doit provoquer avec une fiabilité raisonnable, certains états psychologiques que nous considérons comme "spirituels". Ce sont des sentiments de joie extraordinaires, d'intemporalité, et la certitude que ce dont nous faisons l'expérience est "plus réel que le réel". Une telle subtance peut nous conduire à la vision de coexistence des opposés, comme la vie et la mort, le bien et le mal; une connaissance de ce que la conscience continue après la mort; une profonde compréhension de l'unité de base de tous les phénomènes; et un sentiment de sagesse ou d'amour pénétrant toute existence.
Une molécule de l'esprit conduit aussi aux royaumes spirituels. Ces mondes nous sont le plus souvnet invisibles à nous et à nos instruments, et ne sont pas accessibles à l'état ordinaire de conscience. Cependant, tout aussi vraisemblable que la théorie selon laquelle ces mondes existent seulement "dans notre mental", est celle (surtout si l'on tient compte des découvertes récentes de la physique quantique) selon laquelle ils sont, en réalité, "extérieurs" à nous , et doués d'existence propre. Si nous changeons simplement nos facultés réceptrices cérébrales, nous pouvons les appréhender et interagir avec eux. En outre il faut se rappeler qu'un enthéogène n'est pas spirituel en soi: c'est un véhicule auquel nous pouvons amarrer notre conscience: il nous attire dans des mondes connus de lui -seul. Nous devons tenir bon et être préparés, car les mondes spirituels comportent ciel et enfer, rêve et cauchemar.


La plupart des personnes ayant consommé des enthéogènes déclarent qu'elles ont bénéficié éthiquement et spirituellement des expériences mystiques induites par ces substances. Ces expériences transcendant l'Ego peuvent diminuer les motivations égocentriques, comme les désirs addictifs de propriété, de consommation, de richesse, de pouvoir, et de renommée; il s'effectue une transformation personnelle concernant la responsabilité sociale, la prise de conscience écologique, et l'éveil spirituel (Roberts, 2001, In: "Psychoactive Sacramentals", p.239).
Pahnke (1969) a réalisé en 1962 une étude en administrant de la psilocibine (30 mg) à 10 volontaires tirés au sort parmi vingt sujets . Les dix autres participants à l’étude servirent donc de sujets-contrôles pour l’expérience, et reçurent une substance non enthéogène mais créant des sensations physiques pouvant leur faire croire qu’ils avaient reçu la psilocibine. Tous étaient étudiants en théologie, et assistèrent en même temps à un office de trois heures lors du Vendredi Saint. Pahnke pût ainsi mettre en évidence des changements positifs durables dans les attitudes ou les comportements religieux et mystiques, plus importants pour le groupe ayant reçu les enthéogènes. Il utilisa pour cela son questionnaire décrivant neuf catégories de « conscience mystique », développé en 1963, en le faisant passer juste après l’expérience et six mois après. La neuvième catégorie décrit ces changements durables, et en voici les items, explicitant clairement les gains, en terme de développement spirituel, que l’on peut attendre après prise unique d’un enthéogène :

Changement d’attitude ou de comportement dans l’un au moins des domaines suivants :

-Envers soi : plus grande intégration de la personnalité ; sentiment renouvelé de valeur personnelle ; assouplissement des mécanismes de défense de l’ego ; plus grande acceptation de soi ; plus de confiance dans sa créativité personnelle ; plus d’optimisme ; -Envers les autres : plus de sensibilité ; plus de tolérance ; plus d’amour et de compassion ; -Envers la vie : changement des valeurs, du sens de la vie et de ses objectifs ; plus d’engagement dans son travail ; perte de la peur de la mort ; plus de conscience de l’ensemble de la création -Envers l’expérience mystique elle-même : perception que l’expérience a une valeur et que quelque chose d’utile a été appris. Si l’expérience est positive, elle est habituellement considérée comme un point de référence dans la vie de la personne, et elle peut tenter de la répéter. Au mieux, on réalise que l’expérience n’est pas une fin en elle-même ni un moyen pour atteindre une fin, mais un équilibre entre les deux.

Doblin (1990) a réalisé un suivi au long terme de cette étude , entre 24 et 27 ans après, et a pu réinterroger sept des dix sujet ayant pris la psilocibine et neuf sur dix du groupe contrôle. Tous les sept participants ayant ingéré l’enthéogène, et aucun des neuf contrôles, considéraient encore leur expérience initiale comme ayant réellement contenu des éléments mystiques et comme ayant contribué de manière unique et valable à leur vie spirituelle. Les changements positifs décrits par les sujets « traités » au suivi du sixième mois, qui dans certains cas comprenaient des choix fondamentaux d’orientation de vie et des compréhensions spirituelles profondes, avaient persisté dans le temps et s’étaient même accentués dans certains cas. Cette étude démonte donc l’assertion erronée comme quoi les expériences spirituelles catalysées par les enthéogènes seraient inférieures aux expériences mystiques sans substances, à la fois dans leur effet immédiat et dans leurs effets au long terme.


Enfin, une étude plus récente (Griffiths et Col., 2006), toujours avec la psilocybine, vient confirmer ces données. 36 sujets y reçurent, à deux mois d'interval, une fois une dose de 30mg de psilocybin et une autre fois une dose de placebo "actif", la ritaline, dans un ordre aléatoire. 22 des 36 volontaires connurent une expérience mystique intégrale après avoir pris la psilocybine,soit bien plus que les 4 qui firent état de ce type d'expérience avec la ritaline. Plus d’un tiers des volontaires dirent que leur rencontre avec la psilocybine avait été l‘ expérience spirituelle la plus importante de toute leur vie. Deux mois après, les volontaires dirent également que cette expérience possédait encore une signification personnelle importante et un sens spirituel profond, et lui attribuèrent des changements positifs durables dans leurs attitudes et comportements, de manière cohérente avec des changements évalués par des observateurs extérieurs.