Un enthéogène est une substance, naturelle ou synthétique, permettant de vivre des expériences mystiques et spirituelles, mais aussi permettant un approfondissement de la connaissance de soi, de l'univers, et de l'interconnexion entre toutes choses. Ils favorisent donc grandement le développement spirituel et peuvent être très utile en psychothérapie. Le tout sans dépendance physique, et avec une réelle innocuité pour l'organisme et l'esprit , moyennant le respect de quelques règles simples.
Nous développerons tous ces points, avec de nombreux arguments, dans notre site.
Mais revenons maintenant sur l'historique de la création du terme "enthéogène".

En 1957, Le DR Humphry Osmond cherchait un nom pour les susbtances psycho-actives qui permettent l’enrichissement de l’esprit et l’élargissement de la vision….il créa donc le terme « psychédélique » qui signifiait pour lui « permettant la manifestation de l’esprit ». Cependant, en regardant de plus près les racines grecques, son sens est plus proche de « rendre l’âme plus visible ou plus nette ». A cette époque, Osmond mettait en avant que le terme « psychédélique » n’était pas contaminé par d’autres associations sémantiques ! La pop-culture des années 60 « psychédéliques » ont bien entendu changé cet état de fait et lourdement chargé le terme de significations culturelles et politiques ; au point qu’il semblerait incongru, de nos jours, de dire d’un chamane qu’il prend des drogues psychédéliques. Le mot « drogue » lui-même ne semble pas plus acceptable : un jour, alors qu’un journaliste faisait référence au Peyote (un enthéogène classique) comme à une drogue, un chamane indien Huichol répondit, « l’aspirine est une drogue, le peyote est sacré ».

Il y avait donc besoin d’un terme qui désigne des substances modifiant l’esprit de manière potentiellement non addictive, et qui soient approchées sérieusement et avec révérence : Il fut alors proposé un nouveau terme : « enthéogène ». Un enthéogène est une substance qui engendre (« -gen ») Dieu ou l'Esprit (« -theo ») à l'intérieur de soi (« -en »). Ce terme a été lancé en 1979 par Robert Gordon Wasson et J. Ott pour évoquer « la libération ou l'expression d'un sentiment divin à l'intérieur de soi ». Le mot enthéogène désigne des substances hallucinogènes dans son utilisation nominale ou caractérise l'expérience relative à ces drogues dans son utilisation adjectivale.

C’ est un terme préférable à celui « d’hallucinogène » car ce dernier met uniquement l'accent sur l'élément perceptuel de la réponse à ces substances. Un hallucinogène n'est censé induire que des hallucinations, c'est-à-dire des illusions de perceptions, des perceptions imaginaires sans objet réel, ce qui n'est pas le cas. Il est bien certain que le terme "hallucinogène" serait équivoque pour les chamanes de la tribu Jivaro de Haute Amazonie, puisque pour eux, c'est notre réalité quotidienne, ou ordinaire, qui est la véritable illusion ou hallucination. On pourrait faire un parallèle à ce qui est proposé au héros du film Matrix, prendre une pilule bleue et rester dans le monde halluciné virtuel de la matrice, ou prendre une pilule rouge (qui pourrait être de la kétamine selon certaines sources), et voir l'envers du décors, la réalité vraie. La plupart du temps, les substances qualifiées d'hallucinogènes induisent bien plus que de simples hallucinations. Elles permettent de voir d'autres réalités, "bien plus réelles que la réalité ordinaire" pour ceux qui les vivent, et correspondant probablement (cf. les travaux de la physique quantique) à la perception de champs d'énergie possédant d'autres fréquences de vibration que celles de notre monde ordinaire, voir même à l'entrée dans des univers parallèles ou dans la matière noire (Strassman). Ces perceptions imaginaires peuvent avoir pour origine un objet réel (et ne sont donc pas, par définition, des hallucinations), mais d'autres effets, bien plus complexes, sont constatés : état propice à une réflexion poussée, désir d'introspection, remise en cause des principes de vie, sensation d'illumination...

Les enthéogènes eux-mêmes sont considérés comme ayant leur propre Esprit. Les plantes (mais aussi les produits de synthèse..) sont sacrés, et certains sont personnifiés comme des dieux, qui doivent être traité avec prudence et honorés par des offrandes, des rituels, des prières, une intention pure, pour éviter qu’elles ne retournent leur pouvoir contre ceux qui les utilisent. Ces substances peuvent être considéré comme des « clefs » d’accès au royaume de l’Esprit, que la conscience universelle a disséminé sur terre, pour permettre le travail de conscientisation individuel nécessaire. Hoffman, le père du LSD, disait d’ailleurs, en parlant de ce produit, qu’il n’était pas le résultat d’une recherche planifiée : il ne l’a pas cherché, il est venu à lui. Cela signifiait pour lui qu’une plus haute « autorité » pensait qu’il était nécessaire de fournir maintenant une aide pharmacologique supplémentaire à l’humanité pour sa croissance spirituelle. Une fois qu’une relation a été établie avec une « substance-enseignante », il n’est plus forcément nécessaire de l’ingérer à nouveau pour en obtenir les effets (et cela est vraiment très différent des « drogues »). Une substance enthéogène est en effet un bon professeur : non seulement elle nous ouvre à ce que nous avons besoin d’apprendre, mais aussi elle nous apprend comment nous ouvrir nous même. Elle nous aide à dégager des canaux de communication et à accéder à la mémoire, tant cellulaire qu’universelle. L’élargissement de la conscience reste toujours présent-c’est juste une question de penser à s’y rebrancher.

Presque tous les enthéogènes (psychédéliques, hallucinogènes) actuellement connus, qu’ils proviennent des plantes ou bien soient synthétisés, appartiennent à deux « familles » : les phénéthylamines (qui incluent la mescaline, la MDMA ou Ecstasy, et d’autres..) et les tryptamines (qui incluent la DMT, la psilocybine, l’ayahuasca, le LSD, la butofénine, et d’autres..).
Seules exceptions notables, la kétamine, et la sauge divinatoire, ainsi que les enthéogènes atropiniques (famille de la datura par exemple).
Les enthéogènes des deux familles agissent principalement sur la sérotonine cérébrale. Les phénéthylamines agissent en outre sur la noradrénaline, neurotransmetteur principalement responsable d’effets stimulants. Cela explique probablement les propriétés plus stimulantes et énergétisantes des phénéthylamines, comparées au tryptamines. Au niveau de l’expérience subjective, cela s’observe en comparant le rythme extrêmement rapide, presque percutant, des chants associés typiquement au peyote (mescaline), par rapport aux chants plus calmes, suaves, et mélodiques accompagnant les rituels soignant des « ayahuasqueros » et des « curanderas » utilisant les champignons à psilocybine comme Maria Sabina.

Le lecteur désirant connaître les subtilités chimiques de ces substances, ainsi que l’ histoire de leur conception, peut se référer à “la” référence mondiale: Alexander Shulgin, qui a publié, avec sa femme, deux sommes de connaissance, l’une concernant les phénéthylamines: PiKHAL (Phenethylamines i Have Known and Loved) et l’autre pour les tryptamines : TiKHAL (Tryptamines i Have Known and Loved).

Les substances suivantes peuvent être considérées comme enthéogènes :

• la mescaline produite par le Lophophora williamsii (Peyote) et différentes espèces de cacti colonnaires (Trichocereus peruvianus, Trichocereus pachanoi...) ;

• la psilocibine et la psilocine, produites par des champignons hallucinogènes comme les psilocybes ;

• la diméthyltryptamine ou DMT naturellement produite par des plantes comme le Psychotria viridis (contenu dans l'Ayahuasca) ou le Mimosa hostilis;

• la bufoténine ou 5-hydroxy-diméthyltryptamine (5-OH-DMT), que l'on trouve notamment dans le cerveau, les urines et le plasma sanguin des schizophrènes ainsi que chez le crapaud Bufo alvarius, qui lui a donné son nom. Elle est apparentée à la psilocine.

• la salvinorine A produite par la Sauge divinatoire ;

• l'acide d'amide lysergique ou LSA présent dans les graines de certaines plantes comme Argyreia nervosa, Ipomoea violacea ou Rivea corymbosa ;

• le diéthylamide d'acide lysergique ou LSD 25 chimiquement proche du LSA et synthétisé en laboratoire par Albert Hofmann

• la scopolamine (mais aussi l’atropine et l’hyoscine) contenue dans la datura (de la famille des solanacées), la jusquiame noire, la mandragore (toutes ces plantes étaient très utilisées par les « sorcier(e)s » européens)



• l 'ibogaïne contenue dans la racine de la Tabernanthe iboga

• la Kétamine ("Spécial K"), anesthésique spécial, utilisé en médecine humaine ou animale, utilisé à des doses largement sub-anesthésiques (un dixième des doses normalement employées) comme enthéogène.

D'autres produits comme le delta9-tétrahydrocannabinol (THC) que l'on trouve dans le cannabis, ou l'opium, latex d'une variété de pavot (le Papaver somniferum), sont parfois ajoutés à cette liste mais leur statut d'enthéogène est largement contesté, et ce, il nous semble, à juste titre. En effet les substances enthéogènes n'induisent pas de dépendance physique et sont même employées, avec efficacité (cf rubrique "études scientifiques), pour le sevrage des patients héroïnomanes ou alcooliques. Cependant, les effets des substances psychotropes étant sensiblement différents d'une personne à une autre, cette liste peut être complétée à volonté. En effet, le caractère enthéogène d'une expérience relève plus de la manière dont elle est perçue par le sujet que de la substance utilisée. Et il dépend aussi beaucoup du contexte, du cadre environnant, de l’état d’esprit, et du degré de préparation du sujet qui reçoit le « sacrement psychoactif ».

Enfin, remettons ici, tant il est important, le tableau aussi proposé à la rubrique « lois et enthéogènes », qui établit une ligne de démarcation précise et nécessaire entre les « drogues » (alcool, nicotine, cocaïne, amphétamines, héroïne,..) et les « enthéogènes ».

DROGUES / ENTHEOGENES

-Dépendance physique importante /Pratiquement pas de dépendance physique Utilisés avec efficacité démontrée dans le traitement des dépendances aux autres drogues;

-Utilisation récréative / Utilisation avec une intention spirituelle ou thérapeutique, ces substances faisant aussi contacter des côtés difficiles de notre inconscient, ce qui les rend peu attractives naturellement pour un usage festif;

-Fuite de la réalité / Perceptions plus aigües des réalités externes et internes Prise en compte de dimensions cachées de la réalité et d’autres réalités inaccessibles aux états de consciences ordinaires;

-Danger pour soi ou pour autrui, et la société / Utilité thérapeutique psychologique et physique Quasi innocuité pris dans des conditions de bon encadrement Souvent amène l’individu à vouloir s’engager de manière utile et empathique vis-à-vis des membres de la société, avec une plus grande conscience écologique;

-Pas de recherche montrant l’utilité / Nombreuses recherches montrant l’utilité;

-Destructurantes pour la société; Souvent associées à des réseaux mafieux / A l’origine de la structure philosophique et religieuse de nombres de civilisations et sociétés anciennes;

-Aucun enseignement véritable ni aucune compréhension profonde tirés de la consommation / Enseignement spirituel profond procuré par la substance elle-même, révélations essentielles concernant l’individu ou l’univers, modifiant positivement sa vie et ses rapports à ce qui l’entoure;


Bien entendu, les informations contenues dans ce tableau ont toutes été confirmées par des travaux de recherche clinique (cf rubrique concernée du site).